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Reportage
Cul sec, il vide un deuxième verre de vin blanc. La terrine de pâté, le jambon à l’os, le boudin noir et le pont-l’évêque ont été disposés sur le comptoir du restaurant L’Essentiel. Il peut entrer en scène. « Il », c’est Jean-Luc Petitrenaud, le critique gastronomique à la cravate colorée, aux lunettes rondes et cheveux blancs, qui propose chaque dimanche, vers midi, à deux millions de téléspectateurs de France 5, de découvrir un petit bout de notre terroir à travers des hommes et des femmes.
Lui dit : «Je mets en valeur des gens qui ont une jolie petite mélodie et qui apportent à la télévision le fruit de leur courage. » Aujourd’hui, c’est Charles Thuillant et sa femme Mi-Ra, d’origine coréenne, qui sont à l’honneur. Ou plutôt leur cuisine, qui entremêle saveurs occidentales et asiatiques. Demandez le menu. Saumon Ora King mariné, pardaillan râpé condiment cresson wasabi – boeuf de Wagyu, légumes de saison, condiment Ssamsang. Et en dessert : poire pochée au yuzu, farci sésame cacahuète, sauce gianduja. « Ils ont une façon particulière de faire la cuisine », note Claudy Toche, la productrice de l’émission.
« Y a pas plus moderne que la tradition »
Jean-Luc Petitrenaud, une façon particulière d’en faire la promotion. « Tout est improvisé », reprend Claudy Toche, appuyée sur une canne noire. « Sans fiche ni oreillette. »Levé aux aurores, le critique gastronomique a pris le temps - « devant le café et le pain beurré »- de discuter avec son hôte. « Il a besoin de s’imprégner de l’ambiance », confie la productrice, à ses côtés depuis 17 ans. Elle fait confiance à Petitrenaud qui n’a pas son pareil pour parler « amour de la France » D’ailleurs, la première prise« est toujours la bonne » Lui dit : « Quand tu filmes un match de rugby, tu ne sais pas où le ballon va partir. Eh bien dans mon émission, c’est pareil. »
Un cameraman vient de donner le coup d’envoi. D’un geste brusque, Jean-Luc Petitrenaud pousse la porte du restaurant – aux murs gris et rouge, à la déco sobre mais efficace – référencé au guide Michelin. Le show peut commencer. Face à la caméra, Mme Martin censée venter son fromage est beaucoup moins à son aise. Il la prend par l’épaule, l’invite à se laisser porter. Il parle fort, guide, commande son équipe. C’est lui le maestro.
Le grand gourmand sur France 3 entre 1996 et 1999, La carte postale gourmande entre 2000 et 2006 sur France 5et maintenant Les escapades de Petitrenaud.« Ses émissions sont toujours très vivantes », sourit Claudy Toche. Petitrenaud a le sens de la formule pour en faire leur promotion : « Y a pas plus moderne que la tradition »ou encore « Les Américains et les Chinois ne nous auront pas. »Il revendique une certaine forme de nostalgie : « Tu ne peux pas être gourmand sans être nostalgique. T’es toujours à la recherche du bonheur que te procurait la blanquette de ta grand-mère. »
« Coupez ». Dix minutes plus tard, la séquence est dans la boîte. Jean-Luc Petitrenaud ne quitte pas le comptoir, se coupe une tranche de jambon. L’avale. Rit, apostrophe, tutoie à tour de bras. La caméra ne filme plus mais le show continue.
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